On était en juillet. C’était en fin de soirée, après un souper. Je revenais à New York par l’autobus de 23 h. Monica est entrée dans l’autobus sans que je ne la voie. J’étais assis près de la porte arrière. « Salut! », fait-elle.Dans son allure, je retrouvais toute sa douceur, de même que son esprit espiègle et sans gêne. Pendant qu’on échange un peu, je me remémore le séjour à la maison de ses parents dans le Vermont. C’était une journée de mai. On s’y était rendu en stop. Que d’heures perdues sur les routes à se les geler... En arrivant, il y avait une telle chaleur dans cette belle maison ancienne, des milliers de livres à l’étage. Le rêve.À la fin de la matinée de la seconde journée passée là, après le petit déjeuner, elle me demande de lui faire quelque chose. Je m’y suis laissé aller, ébahi et heureux.Assise à ma droite sur le banc, elle me regarde et je sens qu’elle se rappelle ce moment inoubliable.- Alors, tu es aux études... elle fait.- Oui, puis toi, as-tu fait ta maîtrise? que je lui demande.- Bien non. J’en ai commencé une en sciences po, mais je ne l’ai pas terminée. Je reviens du Chili. J’ai adoré ces trois mois passés là. Mais je ne peux pas dire que, pour des gens qui ont de la difficulté à trouver de la nourriture ou l’argent pour l’acheter, l’on ait besoin de les former à Internet.- Je me souviens comment on était pris d’un certain vertige dans nos moments intimes. Puis tu faisais la grosse tête…- Toi, tu avais sans cesse l’esprit dans les livres. Et tu voulais que je retourne aux études. Je t’avais fait la promesse que je le ferais. Je l’ai remplie.- C’est bien la seule, dit-elle en prenant son air espiègle et me regarda intensément.- Mais tu ne m’as jamais dit comment tu avais aimé nos jeux amoureux, ajouta-t-elle.J’ai dû rougir, car elle a rit. Je me rappelle maintenant la scène : nous étions muets, sauf que le lit craquait à n’en plus finir.- J’ai adoré, lui ai-je finalement répondu.- Je ne sais plus. Je ne l’ai pas refait.- Je te crois pas...- Tu viens avec moi? me demande-t-elle. Nous sautons de l’autobus, tournons dans une rue dont j’ignore le nom. Bientôt, elle entre dans un immeuble en me tirant par la manche et nous glissons sous l’escalier du niveau zéro.Nous parlons de théorie sur la communication, de livres que nous avions lu et nous nous arrêtons : elle était bien trop proche de moi. Elle m’embrasse au moment où j’allais argumenter sur la place qu’avait le français dans le monde par rapport à l’espagnol.Elle se penche pendant que nous embrassons à pleine bouche. Délaissant mes lèvres, elle se tourne vers moi un foulard à la main.J’ai mordu dans le foulard qu’elle m’avait posé entre les dents pendant tout le temps passé là. Elle aussi. Le foulard était tout humide de notre haleine chaude. Nous étions plongés dans un état second. Chacun notre tour, nous en redemandions. C’était quelque chose de vrai, d’authentique entre nous. Je nageais dans le bonheur simple, dans la sueur et la chaleur de juillet. Notre étreinte dura jusqu’à l’aube et se termina par... Une contravention, pardi!